On Merzbo-Derek Blog

POST-SCRIPTUM 328

RUTH – POLAROÏD / ROMAN / PHOTO – Paris Album (1985)

“En matière de pop synthétique typique du post-punk, le single « Polaroïd/Roman/Photo », extrait de l’album du même nom, constitue, au même titre que « Rectangle » de Jacno, un véritable coup de génie. Et, bien que malheureusement passé inaperçu en son temps, il a par chance entamé une nouvelle carrière après qu’il ait été d’abord réédité par le label Fractal, puis redécouvert au travers des excellentes compilations So Young But So Cold et Bippp consacrées à la scène hexagonale de l’époque, et qui toutes deux l’affichent au beau milieu d’un affriolant menu. D’ailleurs les Anglais ne s’y sont pas trompés, qui ont depuis salué ce morceau à sa juste valeur, même si cette aventure n’aura finalement rapporté à son auteur, Thierry Müller, que de faibles dividendes. Mais bien plus encore que ce morceau pourtant épatant, c’est, du début à la fin, tout l’album dont il est issu qu’il faut réécouter : œuvre fragile et finalement assez radicale, celle-ci a été influencée par le background de son signataire, notamment façonné au contact du grand frère Patrick Müller, à force d’écoutes de Xenakis, Luc Ferrari, Pierre Henry et des bricolages familiaux sur magnétophones de fortune, ceux-ci rappelant par endroits, d’après ce que l’on en connaît, les pièces de Brian Eno réalisées aux côtés de Robert Fripp. Des pièces à la base d’un autre projet de Thierry Müller, à savoir Ilitch dont le 10 Suicides aura également marqué les années 1980 – tout comme Bernard Szajner eut, quant à lui, une influence entre autres déterminante sur la techno de Carl Craig, mais il s’agit là d’une autre histoire… Ruth pour y revenir, c’est aussi une guitare mais pas que, celle de M. Ellyeri, anagramme quasi transparent de Thierry Müller, et surtout la voix erratique et glacée de Frédérique Lapierre, sensuelle, posée sur des boucles électroniques qu’elle surplombe d’aisance, un brin hautaine  et portée par des arrangements au minimalisme parfait. Rien à jeter ici, de l’introductif « Thriller » au conclusif monologue de « Tu m’ennuies », ce dernier évoquant tout à la fois une scène demeurée célèbre du film La Maman et la putain de Jean Eustache et la relecture musicale qu’en donna le groupe français Diabologum. Caractéristique de l’ensemble, une reprise classieuse de « She Brings The Rain » de Can stimule l’imaginaire et ajoute une touche de mystère intemporelle.”

Merci Philippe.